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Moze Greytown
Moze Greytown
Ville
Evreux
Création
01/12/2014

J’ai pris ce pli de me méfier des morceaux accrocheurs, par suffisance sans doute, et je suis généralement enclin à préférer m’attarder sur une musique alambiquée, dissonante plus souvent portée sur le fiel et la mélancolie

Alors, quand on m’a soufflé le premier EP de MOZE GREYTOWN, méfiant, mon pied droit insoumis s’est mis à battre la mesure sur Conditioning, mon front s’est plissé plagiant le sérieux ridicule d’un jury de télé-réalité sur la voix de MO (Mohamed, le chanteur)… j’y ai regardé de plus près. Les références aussi faciles que futiles pleuvent, le manche de John Butler, la world musique de Tikken jah Fakoly, de Kéziah Jones and so on. Seulement, à y écouter de plus prêt, ce n’est pas l’afro-folk qui attrape, même si d’évidence le rythme chaloupe, le roulis soul et groovy vient bien de de la voix de Mo. Le timbre est chaud, sourd et tenu… cassant mais jamais cassé. L’acrobate monte haut et Yvan déploie son filet de six cordes et en assure la montée. On les sent compères et complices, et ils le sont … depuis longtemps après s’être essayé à des formations plus classiques et plurielles, ils choisissent de faire de la répète buissonnière et partent à deux, presque main dans la main mus par leur « coup de foudre » musical conquérir Evreux la normande. Une banale histoire de groupe. Les textes, Mo en fait son affaire, il fignole, coupe, tranche, rature, exige me confie-t-il, la musique revient à Yvan et les arrangements se font à deux. La méthode est sérieuse et semble rodée leur laissant toute la latitude pour emprunter les chemins sinueux d’une pop géologique et sans borne.  

Une pop géologique ? Oui une pop de la tectonique des plaques, la rencontre entre l’Afrique et L’Europe offrant fusion, contrainte, métamorphose où chacun lâche un peu ce qu’il est pour prendre de l’autre. Et c’est là sur la crête qu’on s’arrête et qu’on regarde le panorama proposé, il n’est pas question, de musique Africaine, pas plus que de world même si, vous aussi, reconnaitrez l’empreinte fossile du dinosaure Peter Gabriel.

L’écriture est exigeante, acérée parce qu’ils ne racontent pas la vie d’un ciel azur mais la désillusion d’une ville grise, où tout est à vendre, It’s all for sale tutoie les protest songs, une folk douce pour dépeindre la fatalité d’un monde qui ne sait ou ne peut plus habiter ici ou ailleurs, d’ailleurs le ton est grave et la voix de Mo ne joue pas la surenchère, elle. Ainsi de Friendship, pamphlet désabusé sur l’amitié, la simplicité des arpèges prend le contre-pied de notre drame quotidien où l’essentiel de notre lien social se voit étouffé par une liasse de billet et le tout encore servi par une voix doucereuse. L’exercice prend une autre tournure sur Altruism.  Mo monte haut (me rappelle Jimmy Sommerville des Communards), Yvan tient la corde tendue et des gimmick house invitent à se foutre du propos… dansons ! Si la voix se perche pour contempler, raconter la laideur, elle prend aussi la rengaine de la plainte pour trahir là encore la fatalité d’un monde qui nous échappe et les trublions de lâcher non sans cynisme « mighty man i appreciate your altruim ». 

Folk et pourtant pas si folk…Ideal man comme conditioning tâtent du beat house, désinvolture du propos, les amours en perte d’Ideal man misent sur un pari perdu d’avance alors autant s’en foutre…Dansons !

 
"Fred M. de Rock This Tarn"

Suggestion

Avrill

discographie

Moze Greytown

2016

  • 1. Altruism 3:35
  • 2. Ideal man 3:31
  • 3. Friendship 3:53
  • 4. Conditioning 3:16
  • 5. It's all for sale 3:59


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