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de Traces d'illusions

Interview # 12

Traces d’illusions

 

1/ Bonjour Laurent, pouvez-vous présenter Traces d’illusions ?

Traces d'illusions est né de la réunion de plusieurs amis musiciens que j'avais contactés en 2005 après 4 ans de compositions personnelles avec un projet d'enregistrement d'un premier album, sorti en 2006. La diversité de mes influences nécessitait de réunir une équipe aux parcours et aux talents très diversifiés, mais aucun musicien n'a rejoint le projet par hasard : notre complicité, leurs parcours respectifs et si différents ont vraiment permis d'essayer d'atteindre le son recherché, avec nos moyens... Parallèlement à l'album, le groupe est véritablement né sur scène au Théâtre Charles Dullin (agglo de Rouen) lors d'une chaleureuse soirée du festival Transeuropéennes qui existait à l'époque. 

L'identité de Traces d'illusions s'inscrit peut-être à une frontière particulière de genres, de couleurs et de timbres… Au départ, il s'agissait en partie de confronter mon instrument « d'origine » à l'image profondément classique, sensible et légère, la flûte traversière, à un univers d'énergie, résolument rock mais pas seulement… C'est donc aussi la volonté d'utiliser la flûte (et pas seulement là encore) dans un répertoire original et décalé de son image traditionnelle. J'ai toujours écouté tant de musiques différentes et donc voulu à travers mon travail réunir les choses plutôt que diviser : les étiquettes et les préjugés en musique m'ont toujours posé un problème et un peu attristé... 

L'idée était en tout cas de trouver une transversalité inédite ou du moins atypique entre « musiques dites classiques et  actuelles »… Un univers dans lequel se mélangent énergie et émotion, onirique et souvent teinté de mélancolie, mais toujours accessible… L'espoir, c'est qu'une alchimie toute personnelle se dégage de ces multiples rencontres et compromis…

 

2/ Comment définiriez-vous votre style de musique ? Quelles sont vos influences ?

Au fond, le rock dit « progressif » reste peut-être l'élément le plus apparent, ce qui devient particulièrement vrai sur scène avec l'énergie déployée. Le raccourci incomplet de « jazz-rock progressif » est peut-être possible… Une musique très rythmique, énergique, souvent « asymétrique » et parfois virtuose ; mais j'ai toujours voulu essayer avant tout de mettre en avant l'émotion, ce que les réfractaires du jazz-rock reprochent par exemple souvent à ce genre musical : autrement dit, tenter d'atteindre une musique qui évite le piège d'être "froide" ou purement technique.

De même, les formes développées sont longues mais l'improvisation n'est pas majoritairement présente. Ce travail est avant tout motivé par l'envie de présenter des compositions originales, et non un prétexte pour improviser.

Le caractère instrumental des compositions et la formation renvoient en partie à un certain héritage des années 70 et 80, puisant ses influences dans le rock plus ou moins progressif, anglais, californien (Toto, Genesis, Peter Gabriel, Yes, Pink floyd, Dream theater à titre d’exemple et pour citer des références rock très connues...), mais aussi jazz-rock/fusion (Uzeb, Didier Lockwood, Michael Brecker, Yellowjackets, Chick Corea...). En tout cas nous avons toujours espéré qu'un public bien actuel et plus large puisse se reconnaître dans cette musique !

 

3/ Vous avez sorti votre second projet intitulé Après la colline il y a peu, vous pouvez nous en parler ?

J'ai composé la quasi-totalité de l'album entre 2014 et 2015, en y intégrant quelques éléments antérieurs qui avaient vraiment du sens, avant de recontacter et réunir à nouveau le groupe. Il était important pour moi de conserver une cohérence avec l’esprit qui m’avait conduit à créer Traces d’illusions, tout en cherchant de nouvelles voies. D’une certaine manière, ce travail reprenait là où le premier s’était terminé, et a souvent fait le lien avec lui. Mais j’espère surtout que cet album, peut-être plus ouvert encore dans ses influences, aura su apporter quelque chose « d’autre », sans dérouter ceux qui nous ont fait le plaisir de nous soutenir depuis le départ ! 

Influencé par des artistes pour lesquels la liberté (de forme en particulier) a tant d’importance, l’album est à vrai dire clairement bicéphale (« face jour/album du soir »), un peu à la manière de ce qu’aurait pu être un double album vinyle : le son de chaque partie s’en trouve donc inexorablement différent (la première partie est très « produite », la seconde très  « acoustique »), et pourtant avec un vrai désir d’unité.

Certains éléments présents sur le premier album ont été délaissés, notamment le côté « latin », au profit d'autres influences puisées notamment dans les cultures du monde (rythmes africains, musique celtique, ou encore modes orientaux...). J'ai également essayé de diversifier les instruments utilisés, d'exploiter d'autres timbres qu'on n'entend pas si souvent (flûte alto et irlandaise, clarinette basse, EWI – electronic wind instrument -, harpe etc.) 

Mais j'espère et je crois vraiment que l'ensemble des chemins empruntés pour cet album ne nuisent pas à sa cohérence, j'espère qu'il raconte vraiment une histoire, tout en laissant la liberté à chacun de s'inventer la sienne...

 

4/ Comment se passe le travail de composition ? Qu’est-ce qui vous inspire ?

Je compose de façon très solitaire et plutôt « à l'ancienne », c'est-à-dire au début avec papier à musique et crayon devant un piano, parfois en enregistrant quand même quelques idées ou passages tout simplement sur un smartphone ! Mais la longueur/le développement des morceaux pousse pourtant à vite devoir éditer mes partitions sur un logiciel dès que le travail avance. En revanche je n'utilise pas de logiciel audio pour créer de véritables « maquettes » : la musique prend vraiment vie quand je me trouve suffisamment avancé pour contacter le groupe, c'est-à-dire lorsque les compos sont définitives à mes yeux et pré-arrangées en dessinant le rôle de chacun. On se réunit alors pour répéter et finir le travail d'arrangement cette fois collectivement. Le rôle de certains musiciens est aussi plus ouvert que d'autres.

Si cet album est un projet profondément personnel, pourtant le son est aussi vraiment celui d’un groupe, à l’identité forgée par les personnalités particulièrement complémentaires de chaque musicien, avec la chance d’avoir évolué à la fois ensemble et à travers nos différentes expériences, en prenant du recul sur ce que nous avions partagé pour la plupart depuis le début. S'il y a eu une évolution importante dans le travail autour de ce nouvel album, c'est donc peut-être à travers la chance que j'ai eue de pouvoir écrire en pensant aussi aux musiciens qui m'entourent, à leurs talents si complémentaires, à ce que je voulais valoriser chez chacun d'entre eux dans l'ensemble des compositions.

 

5/ Pensez-vous déjà à un nouveau projet ?

Pas vraiment, je ne suis pas dans une phase où je sens que je peux composer, et j'aurais vraiment à cœur de défendre Après la colline, surtout après toutes ces années d'investissement profond autour de lui... J'ai aussi mis dix ans entre les deux premiers albums, alors j'espère juste pouvoir proposer quelque chose plus rapidement la prochaine fois ! Mais j'aimerais bien aussi réarranger certains titres pour défendre des versions très intimes et acoustiques. 

 

6/ Des concerts sont-ils prévus pour défendre ce projet sur scène?

Quelques concerts importants pour nous ont accompagné la sortie de l'album, notamment au Théâtre Charles Dullin et à l'ECFM de Canteleu, et dans l'immédiat, quelques rendez-vous en petite formation sont prévus ou en projet pour présenter justement quelques morceaux en acoustique. Ce sera le cas notamment le 2 Juin, où la Médiathèque de Grand-Quevilly m'a gentiment invité dans le cadre de leurs « bonnes ondes » à venir fêter l'anniversaire de la sortie de cet album. 

Il faudra attendre la saison prochaine pour de vrais concerts de Traces d'illusions en formation complète : mais quelques projets dans la région sont prévus et nous ne manquerons pas d'en informer la Sonothèque ! 

 

7/ Pour finir vous écoutez quoi en ce moment ?

J'ai découvert récemment plus en profondeur le travail de Steven Wilson, et j'en suis ressorti plutôt fasciné... J'ai toujours été attiré et marqué par des artistes qui réussissent le pari de proposer une musique à la fois exigeante et accessible, qui parviennent à réunir les publics et à concilier succès et profondeur... Son travail me semble réunir à la fois tellement de belles influences du passé, et en même temps il y a quelque chose de très moderne, actuel et personnel dans son univers qui ne peut pas laisser indifférent en tout cas ! L'ensemble de son travail, avec un sens du détail hors du commun, et très diversifié finalement, me parle vraiment...

Merci beaucoup pour votre intérêt et pour cette interview, à bientôt j'espère.

Retrouvez Traces d'illusions sur la Sonothèque Normandie


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